Alors on en était où?
Ah oui, de ce dont parlait le livre Beauté Fatale de Mona Chollet.
Quand j'ai commencé à le lire, même si le style de Mona Chollet m'a happée et même si vous m'aviez vachement conseillé de le lire, je ne pensais pas y trouver autant de pistes de réflexion sur ce sentiment de tiraillement qui m'habite et dont je parle régulièrement sur ce blog:
Comment concilier une vraie (une sorte / une ébauche) réflexion sur le beau et l'élégance et dans le même temps être aussi, parfois, sur la corde raide et être incapable d'être dans une distance suffisante avec tout ça?
Les 2 sont-ils d'ailleurs conciliables?
Permettez-moi encore une petite digression...
Il y a quelques années, un ami à moi prenait de plus en conscience qu'il avait un problème avec l'alcool. Il le savait parce qu'on lui disait, à chaque lendemain de fête, qu'il avait été odieux...
Un peu penaud (le lendemain), il me disait que oui peut-être il avait un problème, mais qu'est-ce qu'il pouvait bien y faire?
Moi, pas forcément experte en la matière mais ayant quand même entendu deux trois trucs sur la question lui dis, "ben je crois que le mieux serait que tu arrêtes de boire. Mais si t'as vraiment un problème (i.e si tu es alcoolique donc), ça veut dire que tu vas devoir complètement arrêter".
Il me répond les yeux ronds que complètement arrêter n'est pas une option... Il me dit que ce n'est pas une option parce qu'il adore boire du vin rouge avec du fromage et que même s'il est allé trop loin dans sa consommation (il était allé trop loin, sans aucun doute et ça le rendait absolument naze et agressif) il n'était pas question de renoncer à ce verre de bordeaux agréable. Aussi odieux qu'il puisse être au-delà de son verre de vin agréable.
Digression terminée.
Mona Chollet tient, dans ce livre, aussi ce "type" de discours avec tout ce qui a attrait au beau et à la mode.
Elle se demande si on peut, au vu du regard général porté sur notre corps et sur nous, entretenir une relation modérée, apaisée, avec le marché du beau et des magazines (et des blogs aussi dont elle parle. Et elle maîtrise bien son sujet). Surtout que ce marché n'est pas complètement innocent à notre rapport au corps déviant...
L'EXEMPLE MAD MED
Elle commence par parler assez longuement de la Série Mad Men.
Pour ceux qui l'ont regardé (en ce qui me concerne je me suis très vite arrêtée, cette série m'ennuie et pourtant Dieu sait que j'aime ce qui est contemplatif) on s’aperçoit vite qu'une partie du sujet de cette série concerne l'évolution du statut du mâle blanc tel qu'il a toujours dirigé les choses et l'émergence de ce qui était encore considéré comme des groupes minoritaires (les femmes et les noirs pour ne citer qu'eux).
C'est une série qui décortique le rêve américain des années 60 pour n'en montrer (le personnage de Betty, la femme de Drape en est un excellent exemple, au delà de son brushing parfait elle n'est que ménagère névrosée, je vous renvoie vraiment à ce qu'en décortique le livre, c'est assez passionnant) que le côté obscur. Mad Men n'est pas nostalgique et j'ai toujours été étonnée de voir qu'elle avait pu être perçue de cette manière.
Mais la mode et les magazines féminins, et c'est ce que Mona Chollet déplore, auront été massivement influencés par le look Mad Men en s’enthousiasmant du retour des "vraies femmes"et des "vraies silhouettes".
C'est d'autant plus étonnant de relever cela alors même que la série le dénonce en en montrant les dérives et les implications.
Mais la mode ne se sera concentrée que sur le contenant alors même que le contenu accuse cela, le contenant, la forme, ce qu'on cache sous les belles jupes en corolle et les seins en obus. C'est passionnant, vraiment.
LE RAPPORT AU CORPS ET À LA JEUNESSE
Beauté fatale est un livre féministe, militant. Elle ne s'en cache pas. L'essentiel de son propos est situé dans cette partie là d'ailleurs: le corps / la perfection du corps sinon point de salut / la peau glabre / la peau qui ne vieillit pas.
En ressort que si la société est si intéressée par le corps des femmes c'est parce qu'elle y a des intérêts... Est-ce une preuve de l'élévation du rapport au féminin ou simplement une autre forme de son oppression? (Je sais le mot est brutal et je m'essaie à tout ça avec beaucoup de pincette y étant pour le coup, très peu habituée).
Et de ce point de vue là, je ne vais pas vous mentir, lire ce qu'elle dit m'a remis les idées en place.
Elle déplore plusieurs fois dans son livre le rapport au corps distancié que nous pouvons avoir ("nous" étant le générique d'un groupe dont je fais partie). Elle se réfère souvent pour ça au bouquin qu'avait écrit Portia de Rossi pour parler, entre autres, de son anorexie. La théorie de Mona Chollet est même que l'anorexie mentale ne serait pas une anormalité mais plutôt une trop normalité (je vous renvoie au livre directement, parce que j'aurais trop peur de dire des bêtises ou des inexactitudes sur la question, je sais que c'est une maladie complexe).
"Ce qui montre le mieux qu'il ne s'agit pas de santé, cependant, c'est la place démesurée, absurde, que les femmes acceptent d'accorder à leur poids dans leur estime d'elle-mêmes".
Elle cite souvent Naomi Wolf (américaine auteure de The Beauty Myth) notamment quand elle parle de la relation qui unit la presse féminine et les femmes: "Les femmes sont profondément affectées par ce que leur disent leurs magazines, parce qu'ils représentent la seule fenêtre dont elles disposent sur leur propre sensibilité de masse".
Et oui, c'est vrai.
J'y suis sensible, ma raison me hurlant qu'y être sensible est une idée nulle et qu'il suffit de ne plus les lire et que l'image de la féminité, de ma féminité, même si elle est ultra problématique y est tout du moins, dans ces magazines, existante.
En parlant du magazine Elle, qu'elle ne rate pas, et c’est vrai qu'à voir cette compilation d'énormités les unes derrière les autres, elle aurait tort de s'en priver.
"Quelques mois auparavant, le magazine avait proposé des "astuces" pour mincir et se muscler en faisant l'amour, suscitant quelques protestations des lectrices. En résumé: les femmes sont censées ne vivre que pour être minces, et n'appréhender le monde et ses divers habitants bipèdes ou quadrupèdes, que sous l'angle des calories qu'ils offrent l'opportunité de brûler".
"Le corps est le dernier lieu où peuvent s'exprimer la phobie et la négation de la puissance des femmes, le refus de leur accession au statut de sujets à part entière; ce qui explique peut-être l'acharnement sans borne dont il fait l'objet".
La question centrale est bien là, la question du sujet, être un sujet, sortir de la situation systématique de l'ornement. Et elle insiste bien sur le "systématique" puisque parfois, c'est agréable de choisir d'être un objet... Pour son amoureux par exemple.
"Plus généralement, les femmes sont loin d'entretenir, comme les héroïnes de Sex and the city, un rapport hédoniste et insouciant à leur corps et à l'industrie qui les invite à l'embellir: le système, plutôt que de les combler de gratifications qu'elles n'auraient qu'à cueillir, telle Ève dans un moderne jardin d'eden, attise leur frustration, leurs complexes, leur anxiété, leur autodévaloriasation; il prospère sur les tourments physiques et moraux que leur inflige le souci névrotique de leur apparence"
Je voulais conclure ce trop long post (et un peu désorbité) , c'est peu dire, par cette très jolie citation d'Isabelle Eberhardt qu'on trouve dans le livre (comme toutes les citations que j'ai compilées):
"J'ai toujours été très étonnée de constater qu'un chapeau à la mode, un corsage correct, une paire de bottines bien tendues, un petit mobilier de petits meubles encombrants, quelques argenteries et quelques porcelaines suffisaient à calmer chez beaucoup de personne la soif de bonheur. Toute jeune j'ai senti que la Terre existait et j'ai voulu en connaître les lointains. Je n'étais pas faite pour tourner dans un manège avec des œillères en soie"...
C'est beau hein?Les œillères en soie...
Je me rends compte que je ne réussis pas à écrire le post que je veux vraiment. J'ai trop d'idées en tête, et j'arrive à rien organiser alors tant pis, aussi imparfait qu'il soit, je vais le laisser tel quel!
Vraiment, lisez ce bouquin, c'est un vrai écho, de vraies pistes profondes sur des questions passionnantes et c'est surtout extrêmement salvateur...
Si toi aussi t'en as marre de la culpabilité / de pas sentir que ton corps c'est toi / de croire que si tu vieillis c'est sale / que la minceur est la seule option ou éventuellement quelques rondeurs à condition qu'elles ne soient que mammaires (et du "boule") / qu'en tous cas que la moindre chose qui dépasse remettrait toute ton harmonie en question / si t'as perdu de vue ce que c'était profondément la séduction / si tu t'es laissée gagner par le discours qui dit qu'il faut être belle tout le temps, mince tout le temps, épilée tout le temps (ça fait des mois que je veux écrire un billet sur l'épilation, je vais me lancer), sinon tu te laisses aller, vas y, lis Mona Chollet et on en parle.
Kiss kiss love.
À demain.




